« Quinze » par ResMusica : Binchois et Ockeghem en duo… Magique!

« Quinze » par l’ensemble Comet Musicke : Binchois et Ockeghem en duo (Resmusica.com – Charlotte Saulneron)

Autour des polyphonies vocales du maître bourguignon Gilles de Bins, dit Binchois, et de son élève flamand Johannes Ockeghem, le premier enregistrement du jeune ensemble Comet Musicke, présenté comme un « portrait profane de ce siècle quinze », détient toutes les composantes du succès.

Quinze Comet Musicke_Ensemble Comet Musicke_Son An Ero

Peu importe si on assiste à la genèse d’un ensemble de chanteurs et instrumentistes dont la polyvalence avait été particulièrement remarquée au festival de Radio France à Montpellier l’année dernière : tout est là pour séduire. D’abord l’agréable impression d’un projet ambitieux dès l’objet en main : un coffret de deux disques de belle facture, une thématique claire et lisible pour une programmation musicale fournie (18 pistes dans le premier CD et 12 pistes pour le second), un livret d’accompagnement qui tient son rôle sans faillir…

Ensuite une recherche musicologique poussée, essentielle lorsqu’on aborde le répertoire de musiques anciennes (ici de la fin du Moyen Age à l’aube de la Renaissance), partie de la recherche du directeur artistique de l’ensemble, Francisco Mañalich se spécialisant dans les chansons à trois voix de Binchois (v. 1400-1460) pour s’étendre naturellement à celles de Johannes Ockeghem (v. 1410-1497). Les caractéristiques stylistiques des deux compositeurs sont clairement présentées dans la notice courte mais efficace de Raphaël Picazos, des tournures mélodiques et du discours rythmique du maître bourguignon à son influence dans le travail de Johannes Ockeghem qui lui dédiera son « Mort tu as navré de ton dart » interprété dans cet enregistrement, lors de la mort de Binchois.

Ensuite, une vision interprétative inédite que la démarche « historiquement informée » ne détourne pas de la vocation première de la musique : plaire. La fraicheur de cette approche se caractérise par la variété de l’instrumentation, Comet Musicke prenant le parti de varier les sonorités et les couleurs en choisissant une composition instrumentale différente quasiment à chaque pièce. La démarche musicologique est bien présente, puisque l’objectif est de « refléter les évolutions organologiques de cette période », mais pour notre oreille actuelle, elle produit un renouvellement de l’écoute permanente, rendant séduisante cette succession de pièces vocales et instrumentales, mais démontrant aussi au fur et à mesure de l’écoute, la délicatesse de l’engagement de chaque protagoniste. De même pour le texte, la reconstruction rigoureuse de la prononciation du XVe siècle diffusant une atmosphère raffinée, soutenue par une diction nette et une prosodie limpide.

Enfin, des découvertes musicales qui satisferont les connaisseurs, cet album complétant à merveille une discographie spécialisée comme éclectique. En définitif, c’est un projet réfléchi et audacieux qui témoigne parfaitement de la grande qualité de ces interprètes. Magique.