Premier Livre de madrigaux à 5 voix. Et pièces de Trabaci et Macque (Diapason, septembre 2026 – Denis Morrier)
Le magazine Diapason a décerné 5 DIAPASONS à notre enregistrement consacré au Premier Livre de Madrigaux à 5 voix de Pomponio Nenna, paru chez Ricercar / Outhere Music. Merci pour cette jolie critique très renseignée qui, elle aussi, vient récompenser le travail accompli :
« Gentilhomme de l’Italie méridionale, comme Gesualdo et D’India, le «chevalier impérial» Pomponio Nenna a pris part à l’essor de la musica moderna à la fin de la Renaissance, par une écriture tout en licences contrapuntiques, chromatismes expressifs et dissonances émancipées. À l’instar du prince de Venosa, son œuvre imprimée consiste en madrigaux polyphoniques (deux de ses huit livres ont disparu) et motets.
Son Primo Libro (à 5 voix) de 1582 est dédié à son protecteur, le duc d’Andria Fabrizio Carafa qui connaîtra, huit ans plus tard, un destin tragique : il sera assassiné avec sa maîtresse, Maria d’Avalos, sur l’ordre de l’époux cocufié, un certain Gesualdo ! Fait troublant : Nenna entre ensuite au service du meurtrier, avec qui il rivalise dans l’exploration des durezze et autres stravaganze. Sa renommée sera également durable. En 1643, Marco Scacchi voit dans ses madrigaux a cappella «de table» («da tavolino»), destinés aux amateurs éclairés, l’apogée du Stylus cubilucaris (ou «de chambre»).
Si les interprètes modernes ont régulièrement glissé des pièces de Nenna dans leurs programmes centrés sur Gesualdo, la monographie de référence se faisait attendre. C’est dire si l’on espérait beaucoup de Comet Musicke, ensemble de onze musiciens partagé entre poly-instrumentistes et chanteurs se muant parfois en flûtiste ou en violiste.
La distribution des parties polyphoniques est sans cesse renouvelée, de l’a cappella à un par voix jusqu’aux plus divers «concerts brisés», pour varier les couleurs au fil des vers, comme dans Gigli, rose e viole. Pour l’imposant Sommo Rettor del giorno, les sopranos sont réunies en un même pupitre et soutenues par un discours instrumental éloquent. Souvent, comme dans E ch’entro il carro, le consort de violes abandonne l’archet pour les pizzicatos.
Quelques pages instrumentales bien choisies introduisent deux familiers de Gesualdo et Nenna : Trabaci (pour une savante triple fugue) et Giovanni de Macque (et ses vertigineuses Consonanze stravaganti, aussi séduisantes pour leurs hardiesses harmoniques que leurs redoutables ornementations). »
