Recording

Quinze

Gilles Binchois / Johannes Ockeghem

Enregistré à l’automne 2018, le disque s’articule autour de Gilles de Bins, dit Binchois, et de Johannes Ockeghem : L’histoire d’un Maître bourguignon et de son élève flamand. Le disque a reçu la distinction Melómano de Oro du magazine espagnol Melómano.

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Patron de bonté, père de joyeuseté… c’est ainsi que Johannes Ockeghem décrit son illustre devancier Gilles de Bins. La bonne fortune de ce soldat devenu chapelain est étroitement liée à la prospérité du duché de Bourgogne. On ignore à quelle date précise la destinée du musicien croisa la route de la cour de Bourgogne mais il est certain que Philippe le Bon, politique intrigant mais aussi protecteur des Arts, offrit à Gilles Binchois pendant près d’un quart de siècle un cadre propice à l’exercice de son art. Au fil de fêtes fastueuses, comme le serment de Mons en 1427 ou bien les noces du prince avec Isabelle de Portugal en 1430, le musicien compose une œuvre dédiée à l’amour courtois du XVe siècle, une ode à la maîtresse souveraine, louée par les poètes de ce temps : Charles d’Orléans et Christine de Pizan, entre autres. L’équilibre de ces chansons à trois voix, colorées par les instruments, crée une atmosphère de plénitude joyeuse et quasi hypnotique…

Mais comme nous l’avons annoncé, l’histoire ne fini pas ici : la tradition musicale bourguignonne, berceau de l’école franco-flamande, inspire un des plus grands compositeurs de l’histoire de la musique occidentale : Johannes Ockeghem. Ce compositeur se remémore son maître Binchois le père de joyeuseté, en écrivant une déploration pour son décès : Mort tu as navré de ton dart. Le rapport entre ces deux compositeurs est important pour la musique occidentale : pendant que le premier fait ses adieux au Moyen Âge, le deuxième devient la porte d’entrée vers la Renaissance. Mais notre chemin ne s’achèvera pas avant que le créateur du premier requiem polyphonique soit à son tour déploré par un de ses élèves : de la même façon qu’Ockeghem avait versé des larmes pour Binchois, Josquin des Prés écrit un tombeau pour son cher maître Ockeghem, Nymphes des bois, dans lequel il mentionne les principaux héritiers de l’enseignement de ce grand compositeur : Brumel, Compèrt, Perchon et Josquin lui-même. Cette nouvelle génération – la troisième de l’école franco-flamande – sera la grande créatrice du contrepoint du XVIesiècle, une musique sans doute née de l’art de Binchois et d’Ockeghem et surtout de cette tradition d’enseignement et d’inspiration de maître à élève…

Ce programme de disque expose donc les deux faces d’une même monnaie : le contrepoint médiéval de quintes pures qui deviendra plus suave avec l’apparition des tierces (comme consonances) et des belles sixtes mineures, qui viendront casser les règles contrapuntiques qui ont déterminé la composition occidentale européenne pendant plusieurs siècles. L’utilisation des différents instruments de notre ensemble mettra en valeur l’évolution de cette musique : la vièle – da gamba et da braccio – qui laisse ainsi la place à la viole de gambe Renaissance ; la flûte à bec médiévale qui coexiste un demi siècle plus tard avec le cornet muet… La polyphonie à trois voix qui muera et chantera à quatre… Enfin, la musique d’un maître bourguignon qui deviendra la source d’inspiration de son élève flamand !

Il faut signaler que ce disque met en valeur plusieurs pièces inédites qui n’ont jamais été enregistrées. En partant de mon master de musique médiévale et renaissance à la Sorbonne, nous avons choisi un ensemble de pièces qui ont été étudiées à partir des manuscrits, accompagnées d’une recherche contrapuntique et discographique, ainsi que d’une édition critique. Certaines de ces chansons de Gilles Binchois n’ont pas été enregistrées à trois voix chantées (ou très peu) ; les pièces profanes d’Ockeghem ont été très peu interprétées en disque de nos jours, malgré leur grande importance. Un petit tiers de ce programme est dédié à la musique instrumentale, en prenant certaines chansons inédites pour montrer la couleur des cordes et des vents mais aussi pour « aérer » les pièces vocales qui se caractérisent par leur ampleur et leur densité au niveau du timbre. Nous espérons donc mettre en valeur le rapport de ces deux compositeurs, en délimitant leur histoire avec deux déplorations – ou tombeaux – qui nous serviront de guide, afin de mieux connaître leur vie, leur histoire et leur contexte.

Francisco Mañalich, directeur artistique ​

Distribution

Francisco Mañalich : ténor, vièle, viole Renaissance et direction artistique

Marie Favier : mezzo-soprano

Aude-Marie Piloz : vièle et viole Renaissance

Sarah Lefeuvre : soprano et flûtes à bec

Daniela Maltrain : viole de gambe

Cyrille Métivier : cornets, flûte à bec et chant

Camille Rancière : vièle et chant

François Joron : baryton

Erwan Picquet : basse