Comet Musicke à Simiane-la-Rotonde

Notre tournée d’été 2021 nous a vu passer par le festival des Riches Heures Musicales de Simiane-la-Rotonde. Nous avons eu la chance de pouvoir y jouer notre programme « Il canoro semi deo » autour du mythe d’Orphée, à grand renfort de musique italienne… l’accueil du public a été incroyable ! Nous avons d’ailleurs reçu une très belle critique chez ResMusica (Cécile Glaenzer) – que vous pourrez lire plus bas. La suite de l’été : concerts en Corse puis semaine dense à Paris consacrée à la sortie de notre prochain disque consacré à Diego Ortiz (concerts et émission à Radio France).

LE MYTHE D’ORPHEE REVISITE AVEC BRIO PAR COMET MUSICKE A SIMIANE-LA-ROTONDE (ResMusica – Cécile Glaenzer)

Les quatre musiciens polyvalents de l’ensemble Comet Musicke nous entraînent dans une évocation très habitée de celui qui est considéré comme le père du chant.

Pour la 39e édition de son festival de musique ancienne, Simiane-la-Rotonde a choisi de proposer un parcours autour du personnage d’Orphée, figure tutélaire de la musique. C’est à un voyage dans l’Italie du premier baroque que nous convie l’ensemble Comet Musicke, dans un programme en quatre tableaux : un portrait d’Orphée, sa rencontre avec Eurydice, la mort de la bien-aimée et le retour des Enfers. Pour lier chaque épisode de l’histoire, chaque musicien se fait tour à tour récitant, avec la lecture de textes d’Ovide et de ses contemporains, nous rappelant que l’imitation de l’antique était un idéal pour tout artiste de la Renaissance. Comme le poète s’accompagnait de sa lyre, ce sont ici les cordes frottées des violes et des vièles qui improvisent un accompagnement subtil des textes lus, avec des accents orientaux qui vont chercher du côté de origines bulgares du mythe. Des musiques instrumentales de Lappi, Banchieri, Bonizzi et Rossi alternent avec des airs d’opéras de Landi, Peri, Cavalli et, bien sûr, de l’Orfeo de Claudio Monteverdi.

Une des spécificités de Comet Musicke est la grande variété de son instrumentarium. Pour ce programme, c’est un consort inhabituel qui réalise les pièces instrumentales : deux violes de gambe pour les parties graves et deux vièles pour les dessus. Cela fonctionne très bien, avec une belle homogénéité et sonne parfaitement dans la belle acoustique de la rotonde médiévale de Simiane. Ici, la proximité avec le public est encore renforcée par la disposition des violes jouées debout, à hauteur des spectateurs : on a ainsi l’impression d’être au cœur du consort. Et ce sont les instrumentistes eux-mêmes qui se font chanteurs pour les pièces vocales à trois ou quatre voix. Le rôle central d’Orphée est tenu par l’excellent ténor Francisco Mañalich, à la voix puissante et bien timbrée, qui s’accompagne aussi lui-même à la viole de gambe. De Monteverdi, la Toccata d’ouverture de l’Orfeo permet la première intervention du cornet de Cyrille Métivier (qui joue aussi de la vièle) : les quatre musiciens remplissent l’acoustique comme s’ils étaient trois fois plus nombreux. Petit effectif, grand effet ! (pour paraphraser l’impression que nous avions eue lorsque nous entendions ce remarquable ensemble pour la première fois au festival de Radio-France Occitanie Montpellier dans un programme mémorable)

Deux pièces instrumentales font la part belle à la virtuosité des cordes : les diminutions d’Ortiz à la lira da braccio sur une chanson d’Arcadelt, et celles de Bonizzi sur un thème de Cipriano da Rore à la basse de viole jouée par Aude-Marie Piloz. L’air Possente spirto de l’Orfeo de Monteverdi permet d’apprécier les célèbres jeux d’écho réalisés ici aux vièles. L’air Tempro la cetra de Monteverdi conclut tout en délicatesse ce programme.

Et pour finir, un bis plein d’humour met en avant l’éclectisme de l’ensemble : un pastiche d’un air de Pluton de l’Orphée aux Enfers d’Offenbach termine joyeusement cette soirée exceptionnelle.

(Simiane-la-Rotonde. 5-VIII-2021. Œuvres de Pietro Lappi (1575-1630), Stefano Landi (1587-1639), Francesco Cavalli (1602-1676), Claudio Monteverdi (1567-1643), Solomoni Rossi (1570-1630), Francesco Rasi (1574-1621), Diego Ortiz (1510-1570), Vincenzo Bonizzi (?-1630), Jacopo Peri (1561-1633). Ensemble Comet Musicke : Aude-Marie Piloz, viole de gambe ; Cyrille Métivier, vièle et cornet ; Camille Rancière, lira da braccio et vièle ; Francisco Mañalich, ténor, viole de gambe et direction artistique)